Je crois qu'il y a quelque mauvaise foi à pinailler sur un mot quand il s'agit de 30 ou 40 millions de morts....
Qui de Yang Jisheng (qui, à votre avis, utilise abusivement le mot "détourner" au lieu d'"occulter") ou du Musée (qui passe sous silence les 30 à 40 millions de morts du Grand bond en avant, les horreurs de la Révolution culturelle et les massacres de Tian'Anmen) est, selon vous, le manipulateur ?
"Occulter" 30 ou 40 millions de morts, passer sous silence une réalité aussi massive, n'est-ce pas la "soustraire frauduleusement" à la connaissance des visiteurs ?
Mais ce n'est sans doute pas pour rien que l'auteur de l'article parle de "détournement" au sens de "modifier le cours", car il est très précis sur ce qu'il entend par là :
En occultant "ce qui s'est passé durant la grande famine", "ceux qui sont au pouvoir veulent justifier leur légitimité, affirme-t-il, ils écrivent l'histoire selon leurs besoins".
Ils nient à la fois les faits "les 30 à 40 millions de morts de cette époque" et les causes politiques de ces faits et n'hésitent pas à violer la mémoire du peuple chinois :
Yang Jisheng D'une part, les 30 à 40 millions de morts de cette époque sont entièrement dus à des erreurs de gestion, et à des problèmes liés à la nature du régime. D'autre part, ces morts ont bien eu lieu et les Chinois s'en souviennent, vouloir prétendre que ça n'a pas existé, c'est comme voler une clochette en se bouchant les oreilles.
Le premier objectif politique de cette "histoire mutilée" est, selon Yang Jisheng, de réorienter l'histoire vers ce qu'ils appellent "la voie de la renaissance".
Yang Jisheng La "voie de la renaissance" accrédite l'idée que la Chine a connu des périodes glorieuses, puis qu'elle a décliné, et qu'il faudrait donc revenir à une époque antérieure. Faut-il comprendre que l'on doit retourner à une ère autoritaire, comme sous les Qin, les Han, ou les Tang ?
A cet objectif qu'on pourrait appeler "offensif" (sans connotation guerrière), s'ajoute un objectif politique "défensif" :
Yang Jisheng La crainte, c'est qu'en le disant, le régime se sente obligé de faire de vraies réformes. Sans provoquer autant de morts, il est tout à fait possible que d'autres erreurs se produisent. Les grands projets en Chine ne donnent pas lieu à des débats démocratiques, et cela comporte des risques.
La critique de Yang Jisheng et les mots qu'il emploie me semblent donc parfaitement fondés. On peut n'être pas d'accord avec l'analyse de cet historien, il le dit lui-même et se dit prêt à débattre avec ses contradicteurs (qui, jusque-là, ne lui ont opposé que des menaces, y compris des menaces de mort) mais on ne peut pas dire qu'il n'ait pas fait une analyse parfaitement cohérente de cette mutilation de l'histoire et qu'il n'ait pas choisi le vocabulaire pertinent.
Il est au moins d'accord avec vous sur un point, Michelem : "il ne faut pas nier le passé" mais "au contraire s'en servir pour qu'il ne se reproduise plus"