Quyuan, premiers vers du Li Sao

Bonjour à tous, j'aurai voulu savoir si quelqu'un avait à sa disposition une traduction francaise du poeme Li Sao de Qu Yuan en particulier des vers suivants
扈江篱与辟芷兮,纫秋兰以为佩.
traduction anglaise :
“Angelic herbs and sweet selineas too,
And orchids late that by the water grew,
I wove for ornament”
Le caractère qui me pose problème est 扈江篱, plante dont je n'arrive pas à trouver la traduction, ayant laissé mon exemplaire en France.
Merci à la bonne âme qui a la solution

1 réponse

  1. Anne-C. Berthier

    Bonjour Maliong,

    Votre difficulté vient d'un découpage : ce n'est pas 扈江篱 qu'il faut chercher dans le dictionnaire, mais 扈 d'un côté et 江篱 (aussi écrit 江离) de l'autre.

    (hù) est ici un verbe, dans un emploi rare que les commentateurs anciens, Wang Yi le premier, glosent par 披 : se draper de, porter sur soi. Le vers dit donc « je me pare de… ».

    江篱 / 江离 (jiānglí) est une plante aromatique. La tradition l'identifie au 蘼芜, c'est-à-dire aux jeunes pousses du 川芎 (Ligusticum, une ombellifère de la pharmacopée chinoise, cousine de la livèche et de l'angélique). C'est bien pour cela que votre traduction anglaise donne « selinea » : Hawkes a choisi de rendre ces plantes par des noms d'ombellifères européennes plutôt que par des périphrases botaniques. « Angelic herbs » correspond de la même façon à 辟芷, où 辟 vaut pour 僻 : l'angélique (白芷) qui pousse dans un lieu retiré.

    La suite : 纫 (rèn), enfiler comme on enfile une aiguille ; 秋兰, l'« orchidée d'automne », qui désigne probablement l'eupatoire et non l'orchidée au sens moderne ; 佩, la parure que l'on suspend à sa ceinture.

    D'où, mot à mot :
    Je me drape de jiangli et d'angélique des lieux retirés,
    j'enfile les orchidées d'automne pour m'en faire une parure.

    Et le sens, qui est la clef de tout le poème : se couvrir de plantes odorantes est la métaphore constante du Li Sao pour la vertu que l'on cultive et que la cour ne reconnaît pas. Les herbes parfumées, ce sont les hommes de bien ; les herbes puantes, les courtisans. Le poème entier se lit sur ce double registre botanique et moral, et c'est pourquoi les noms de plantes y sont si nombreux et si précis.

    Traductions françaises, puisque vous avez laissé votre exemplaire en France :


    • Qu Yuan, Élégies de Chu, traduites par Rémi Mathieu, Gallimard, « Connaissance de l'Orient » : c'est l'édition de référence aujourd'hui, avec les notes qu'il faut.
    • Jean-François Rollin en a donné une version chez La Différence, dans la collection Orphée.
    • Et pour la curiosité, la toute première traduction française est celle du marquis d'Hervey de Saint-Denys, en 1870. Elle est datée, mais elle a du souffle.

    En anglais, The Songs of the South de David Hawkes reste indépassable... c'est manifestement l'édition d'où vient votre citation.

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