"con-" et "con"... à comprendre

Plus j'apprends le français, plus je suis embrouillée:

Exemple:
pourquoi "con-vaincre", "con-signe", "con-fort", "con-sensuel", "con-joint"...enfin "Con-fucius"...
"con-" est une racine signifiant "ensemble", "avec"; alors le "con" est toutefois un terme vulgaire...
...C'est intéressant d'approfondir la compréhension...

18 réponses

  1. laoshi

    Je n'ai guère le temps de participer au forum en ce moment, étant en pleines corrections du baccalauréat, je fais quand même une petite pause, ce dimanche matin avant de m'y remettre, pour essayer de dissiper votre confusion.

    Le préfiexe "con", qu'on trouve dans "comprendre", dans "compagnon", "convenir", etc. vient de CUM, la préposition latine qui veut dire AVEC.

    "comprendre", c'est "prendre avec soi"
    le "compagnon" (comme son dérivé "copain") c'est celui avec qui on partage le pain
    la "consigne" est donnée "avec des signes écrits"
    "convaincre", c'est "vaincre les résistances de quelqu'un avec des arguments" etc...

    Par contre, Confucius, simple latinisation de 孔夫子 (Kǒng Fūzǐ => maître Kong) n'a strictement rien à voir avec le CUM latin, pas plus que le mot "con", qui, dans le langage grossier, voire obscène, désigne le sexe féminin devenu l'emblème de la stupidité et de la bêtise (les féministes, dont je suis, apprécieront...).

    Le mot "con", vient du latin CUNICULUS, qui signifie tout simplement LAPIN. Au moyen-âge, on désignait le lapin par le nom CONNIL (comme on désignait le renard par le mot GOUPIL). CONNIL est directement dérivé de ce mot latin (on le retrouve en italien dans le mot "coniglio" et en espagnol dans le mot "conejo").

    Ce petit lapin à la douce fourrure a été supplanté par le chat pour évoquer le sexe féminin et le mot CONNIL, abrégé, est devenu le mot grossier que nous employons tous et toutes, malheureusement, pour stigmatiser la bêtise.... Son emploi au sens strictement sexuel est carrément obscène ou pornographique.

  2. Anonyme

    Merci, Laoshi, vous êtes vraiment un modèle des Laoshi!!!

    Mais désolée, je voulais jouer un peu le jeu de mots d'un angle de vue étranger...

    Voilà quelques points pour vous amuser:
    1.Une hypothèse osée: puisque "con-" (ensemble/avec) était "con", l'individualisme" voire "l'égoïsme" se répandraient ainsi au sein des Français?

    2. Vu que Confucius est la latinisation par "les jésuites" du nom de 孔子 Kong Zi, on se pose la question: les jésuites préféreraient-ils un "con" qu'un authentique? Ou ils préféreraient que Kong Zi soit "con"? :)

    C'est juste pour rigoler, mais un petit message personnel s'y trouve quand même: ne prenons pas le "con-" (ensemble/avec) comme "con", vis-à-vis de la France en pleine crise morale... :)

  3. michelem

    Attention Tongzi, tous les mots commençant par "con..." ne sont pas construits à partir du "cum" latin signifiant "avec" !!! (confort par exemple...)

    Les mots compassion,compère, conclave comparaison,cosinus sont construits à partir de "cum" sans pour autant posséder la syllabe "con.."

    A propos du mot "con" ,de son étymologie, son usage passé et actuel,on peut lire l'article de wikipédia. ;)

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Con

  4. yy

    Que d'érudition! Bravo à tous

    Un petit message pour Tong : la lecture de votre blog m'a donné beaucoup de plaisir

  5. TINTIN 66

    pour compléter Laoshi,
    je vous propose cette polysémie poétique sur le mot con

    Jeux sur la polysémie
    Certains ont utilisé à des fins poétiques la polysémie du mot, comme Georges Brassens dans son Blason. Il déclare déplorer la bassesse avec laquelle ses contemporains désignent « cet incomparable instrument de bonheur » :

    Mais le pire de tous est un petit vocable
    De trois lettres pas plus, familier, coutumier
    […]
    Honte à celui-là qui, par dépit, par gageure,
    Dota du même terme en son fiel venimeux
    Ce grand ami de l’homme et la cinglante injure
    Celui-là, c’est probable, en était un fameux.
    […]
    La male peste soit de cette homonymie !
    C'est injuste, Madame, et c'est désobligeant
    Que ce morceau de roi de votre anatomie
    Porte le même nom qu'une foule de gens.

    Pierre Perret n’est pas en reste avec Celui d’Alice (1974) :

    Si je me réfère
    À mon dictionnaire
    Il est temps de faire
    La définition
    De ce mot espiègle
    Qui échappe à la règle
    Plus noble qu’un aigle
    Dans sa condition
    Ce mot vous le dites
    Censeurs hypocrites
    Établissez vite
    Son vrai sens profond
    Car si on l’ausculte
    Au lieu d’une insulte
    On peut faire un culte
    Du joli mot con

    sources
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Con

  6. michel

    Merci à tous. J'ai eu mon salaire, notamment grâce à ces deux génies de la poésie atypique qui nous rappellent qu'il ne faut pas tout mélanger, grâce et finesse et vulgarité.

  7. Anonyme

    @Michelem:
    Merci pour vos contributions!
    J'ai essayé de jouer un jeu de mots pour faire passer un message plus sérieux: quand on mélange "con- (ensemble/avec)" et "le sexe de la femme" dans la même forme du "con", ça pourrait être catastrophique!!! :)

    @Yangguang:
    Merci pour votre lecture de mon blog. J'espère partager mon vécu biculturel avec ceux qui s'y intéressent...

    @TINTIN66:
    En tant qu'étrangère, je ne comprends pas pourquoi "con- (ensemble/avec", "le sexe de la femme" et "être con" pourraient tomber au même mot, c'est une coïncidence assez curieuse, non? Mais bien sûr je ne veux pas confondre les différents sens d'une polysémie, mais me poser la question sur cette coïncidence me semble utile pour approfondir la compréhension sur la culture française...

  8. ckdeux
  9. Anonyme

    @CKdeux:

    Je com-prends votre blague qui con-cerne le mot" con"; mais ça con-tourne mon histoire de "con-"/"con"... :)

  10. Steph

    Tout cela va finir en dîner...

  11. ckdeux

    @ Tong.Z
    C'est une image calculée que j'ai créé il y a quelques années.:D
    Mais tous les ans, pour le Nouvel An, je l'ai ressort en changeant seulement l'année.|-)

  12. laoshi
    Tong.ZMerci, Laoshi, vous êtes vraiment un modèle des Laoshi!!! Mais désolée, je voulais jouer un peu le jeu de mots d'un angle de vue étranger...

    Vous avez raison, Tong.Z, laoshi je suis, laoshi je reste dans l’âme. Même si, comme je me tue à le répéter, mon pseudonyme est lui aussi un jeu de mots (à la chinoise) entre hommage à Lao She et clin d’œil à mon métier, prendre les questions au sérieux, fussent-elles naïves ou provocantes, est chez une véritable déformation professionnelle (à moins que je n’aie choisi le métier par passion de transmettre le peu que je sais).

    Si la présence de Confucius dans la liste des mots commençant par le préfixe « con » m’avait mis « la puce à l’oreille » (ceci pour rester dans le registre des jeux de mots que vous affectionnez tant), et si j’avais pensé qu’il s’agissait là, en effet, d’un trait d’humour, je n’avais pas un instant suspecté que votre question portant sur le sens du substantif « con » était « juste pour rigoler ». Depuis 37 ans que je fais ce métier, c’est en effet une question qui m’est posée tous les ans par les élèves. Signe que cela intrigue beaucoup de monde…

    Vous reposez d’ailleurs la question, sérieusement cette fois me semble-t-il, dans votre message à Tintin :

    Tong.Z En tant qu'étrangère, je ne comprends pas pourquoi "con- (ensemble/avec", "le sexe de la femme" et "être con" pourraient tomber au même mot, c'est une coïncidence assez curieuse, non? Mais bien sûr je ne veux pas confondre les différents sens d'une polysémie, mais me poser la question sur cette coïncidence me semble utile pour approfondir la compréhension sur la culture française...

    Je vais donc, encore une fois, essayer de vous répondre… en incorrigible « laoshi » ; je crois que ce n’est pas du tout une coïncidence mais bien un symptôme de la culture française véhiculée par la langue. Comme le disait Nietzsche (je vous avais prévenue !), ce sont toujours les dominants qui parlent dans la langue : « on peut considérer l’origine même du langage comme un acte d’autorité émanant de ceux qui dominent, écrit-il dans La Généalogie de la morale, ils ont dit ‘ceci est telle ou telle chose ’ et ils se la sont pour ainsi dire ainsi appropriée. »
    La langue française dominante est une langue d’hommes, faite par les hommes pour les hommes ; que le sexe féminin y soit devenu le symbole de la bêtise est on ne peut plus révélateur : « sois belle et tais-toi », disait-on dans mon enfance… il était acquis que l’intelligence se pensait au masculin et que les filles étaient tout juste bonnes à « parler chiffon »….
    Mais cette domination linguistique se manifeste de manière éclatante dans le vocabulaire qui désigne les organes génitaux dans les mots de l’enfance comme dans le vocabulaire des adultes : les petits garçons ont des dizaines de mots pour désigner leur sexe, (zizi, quéquette, moineau, robinet, etc…) ; pour les petites filles, rien… ou pire : les seuls mots qui existaient dans la langue de mon enfance étaient « la misère » et « le pisseu’ » (pour « pisseur ») ; joli programme n’est-ce pas ?! il était acquis d’ailleurs qu’un petit garçon était « un petit bitaud », mot éminemment valorisant, tandis que les petites filles étaient des « pisseuses » (à eux la gloire active du sexe, à nous la honte des fonctions urinaires…). Et quand la jupe volait dans le feu des jeux d’enfant, découvrant la petite culotte blanche, « cache ta misère », disaient les mères…
    Vient ensuite le vocabulaire obscène et sexiste de l’adolescence (vous n’imaginez pas ce que les petits ados peuvent proposer aux filles de leurs classes !) : sans commentaire.
    Même discrimination dans les programmes scolaires : j’ai trouvé dans un manuel de sciences naturelles utilisé en terminale scientifique dans les années 80 des choses hallucinantes sur la description des organes génitaux féminins et masculins : tous les éléments du sexe masculin, internes et externes, étaient correctement détaillés et l’orgasme lui-même était décrit de manière tout à fait explicite ; pour les filles, seul le vagin avait droit de cité dans le manuel, le clitoris n’était pas mentionné une seule fois ( ni dans les textes ni dans les croquis) et l’on apprenait que la femme émettait « un liquide de lubrification » (sic !) pendant l’accouplement (vous ne viendrez plus chez nous par hasard, comme dirait Total !) ; quant au plaisir féminin, il était réduit à une simple déformation géométrique (dilatation/rétractation) !
    Tout cela pour vous demander ce qu’il en est en Chine, dans le langage des enfants d’une part, dans celui des adultes d’autre part. Constatez-vous les mêmes discriminations, les mêmes associations d’idées, les mêmes silences etc. ?
    NB : ma question est sérieuse, évidemment…

  13. TINTIN 66

    je ne suis pas un spécialiste de la Chine (j 'ai encore pas mal de chose à comprendre et apprendre) mais au fait de mes observations,les filles sont moins valorisées que les garçons.
    La première raison vient peut être de cette politique de l 'enfant unique qui fait préférer le garçon , car arrivé à un âge avancé, le garçon sera proche des parents
    pour les aider et les soutenir.
    Alors que la fille, dés lors qu' elle a trouvé un mari, doit rejoindre et vivre dans sa belle famille.

    Enfin, il est aussi très intéressant de comparer le cout de l 'éducation d' une fille à celui d 'un garçon ( surtout dans les campagnes).Plus important chez les filles qui travaillent moins dans les champs(enfant mais qui se rattrapent bien une fois adulte).

    Pour revenir au sujet qui préoccupe,je pense que la notion ou simplement l information sur le sexe est moins libérale qu' en France.Mais l époque dont vous parlez Laoshi est dorénavant révolue grâce à Internet (pour ceux qui le possède) ou au planning familial (surtout à la campagne comme source principale d 'information).

    Quant aux sobriquets liés au sexe,je ne pense pas qu il y en aient beaucoup en Chine et les enfants jusque leur entrée à l école ont le temps de découvrir le sexe opposé juste dans la rue ( les culottes des bébés ,filles ou garcons, étant ouvertes à cet endroit).

    La pudeur vient en grandissant sous l 'effet de l éducation et de la morale sociale
    des adultes.

  14. kim

    Le mot "con", vient du latin CUNICULUS, qui signifie tout simplement LAPIN. Au moyen-âge, on désignait le lapin par le nom CONNIL (comme on désignait le renard par le mot GOUPIL). CONNIL est directement dérivé de ce mot latin (on le retrouve en italien dans le mot "coniglio" et en espagnol dans le mot "conejo").

    Ce petit lapin à la douce fourrure a été supplanté par le chat pour évoquer le sexe féminin et le mot CONNIL, abrégé, est devenu le mot grossier que nous employons tous et toutes, malheureusement, pour stigmatiser la bêtise.... Son emploi au sens strictement sexuel est carrément obscène ou pornographique.

    Le lapin est aussi symbole de fertilité. Voir les lapins de Pâques en chocolat.

  15. Anonyme

    @ Ckdeux:
    C'est pas mal, l'image que vous avez faite! Assez malin en plus! :)

    @TINTIN 66:
    "les filles sont moins valorisées que les garçons en Chine", parce que traditionnellement ce sont les garçons qui succèdent le nom de la famille, ils sont aussi les mains-d'oeuvre principales dans les champs pour les cultures agricoles, donc les garçons sont "le successeur" des générations de la famille... La politique "le planning familial par enfant unique" n'a qu'à aggraver cette préférence.

    Une expression chinoise: 嫁出去的女儿, 泼出去的水 - une fois que la fille est mariée, elle est comme de l'eau renversée.

    C'est vrai que très peu de sobriquets liés au sexe existent dans la langue chinoise, mais des insultes lient au sexe de la femme, comme en France!

    @Kim:
    Merci pour votre explication qui rejoint au premier commentaire de Laoshi.

    @Laoshi:
    Honnêtement, on a besoin des Laoshi comme vous! Chapeau!

    Pour commencer, j'avoue que j'aime souvent évoquer des sujets sérieux avec un humour (jeux de mots), le but est de susciter des réactions réfléchies dans une ambiance plutôt décontractée... Chacun son style... :)

    Je vous remercie sincèrement d'avoir répondu sérieusement à ma question.

    Je pense qu'il y ait très peu de hasards dans un phénomène culturel. Tout est lié... "une coïncidence mais bien un symptôme" est donc bien dit!

    "ce sont toujours les dominants qui parlent dans la langue", voilà une très bonne explication! Et même cela s'explique plus ou moins dans toutes les langues!

    Concernant des sobriquets liés au sexe, soit pour homme soit pour femme, c'est quand même plus amusant dans la langue française qu'en chinois!!! :) Parfois je préférerais les prendre au deuxième degré! :)

    En ce qui concerne la discrimination des sexes, on est encore loin à aboutir... C'est pour cela que le féministe devient lui-même discriminatoire!!!

    En Chine, la sexualité et le sexe restent généralement encore dans la pudeur, mais on a quand même bien progressé! Plein de blagues liées au sexe circulent sur la Toile et surtout par SMS du portable... Mais à l'oral, on n'en parle très peu. Au niveau d'éducation, encore moins...

    C'est assez paradoxal en Chine: d'un côté les traditions sur garçon/fille s'implantent dans la société, de l'autre côté, "la libération des femmes" lancée par MAO a ses effets évidents dans les rapports homme/femme, sans parler l'influence de l'Occident chez les jeunes.... Un sujet passionnant à approfondir...

    Voilà ma réponse sérieuse, Laoshi! :)
    (PS: probablement je deviendrais également Laoshi dans l'enseignement de chinois...)

  16. laoshi

    Merci de votre réponse, Tong.Z, je note tout de suite la formule 嫁出去的女儿, 泼出去的水 [jià chūqù de nǔér, pō chūqù de shuǐ] dans ma collection de proverbes !

    Pourriez-vous, sans que cela blesse la pudeur chinoise, nous donner quelques exemples de ces mots d'insulte discriminants à l'encontre des femmes ?

    En ce qui concerne le sexisme de la langue chinoise, j'ai déjà observé, en traduisant moi-même certains textes, que la clef de la femme est fréquemment associée à des traits de caractère très négatifs.

    Chacun des deux caractères qui composent le verbe 嫉妒 [jídù] "jalouser", par exemple, s'écrit avec la clef 女 [nǚ]. Sans doute la jalousie n'est-elle pas étrangère aux femmes, singulièrement dans la Chine traditionnelle polygame mais c'est quand même très significatif !

    Et si vous devenez laoshi, bienvenue au club !

  17. ckdeux
    Tong.Z@ Ckdeux: C'est pas mal, l'image que vous avez faite! Assez malin en plus! :)

    Merci pour votre enouragement.|-)
    Si vous voulez voir la même image au grand format ( 640*480 pixels) , et aussi les autres images du Nouvel An et l'Année du Tigre .

    Alors === >> to click ICI:D

    Remarque :
    Ceux sont des images calculées que j'ai créé il y a quelques années.
    Comme tous les ans, pour le Nouvel An, je les ressort en changeant seulement l'année.

    Je vais ajouter ce lien hypertexte vers une page des images érotiques , et aussi quelques poèmes du roman 金瓶梅 .|-)

    Pour voir la page ===>> to click ICI:D

  18. Anonyme

    @Laoshi:
    Personnellement j'adore les Chengyu et les expressions concises à la fois riches de sens!

    Mais désolée, comme je ne dis jamais de gros mots, je ne peux pas vraiment vous aider pour trouver des mots d'insulte... Ce serait mieux de vous adresser à des garçons... ;)

    嫉妒... :) Vous avez raison, même si je suis une femme!!! Ca provient certainement de la polygamie de l'ancienne époque...

    J'espère pouvoir être une bonne Laoshi comme vous! :)

    @Ckdeux:
    Merci pour votre lien! Pas mal du tout! Moi-même, je crée aussi des cartes de voeux chaque année, avec un logiciel simple... Mais je les "crée" tous les ans!!! :)

    金瓶梅... :) Je ne l'ai jamais vu encore... C'est curieux, car des amis français connaissent plus que moi à ce sujet... ;)

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